Le roman contemporain n’hésite pas à donner une voix propre, et souvent puissante, à des personnages âgés. Cela marque une rupture avec certains stéréotypes : la “vieille dame indigne”, le “vieux sage”, le “grand-père silencieux”… désormais ces figures connaissent une singularisation, un approfondissement psychologique et social.
Des trajectoires individuelles, loin de la caricature
Dans La Tresse de Laetitia Colombani (Grasset, 2017), l’un des récits met en avant l’émancipation d’une femme après 60 ans, et dans Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre (Albin Michel, 2013), plusieurs personnages âgés ont un rôle pivot, loin de la simple “présence émouvante”.
Du côté anglo-saxon, l’écrivain britannique Julian Barnes, dans Une fille, qui danse (The Sense of an Ending), explore magistralement la mémoire et le remords chez un homme vieillissant, donnant au lecteur une expérience sensorielle presque inédite des traces du temps sur la psyché.
L’impact des sociétés occidentales vieillissantes
L’émergence des “nouveaux vieux” ou “silver society” dans les imaginaires littéraires fait écho à l’évolution des modèles familiaux, des modes de vie et des enjeux socio-économiques. À travers le personnage de la “mamie-boomeuse” ou des seniors connectés, les fictions s’emparent de la transformation de la vieillesse : plus active, parfois revendicatrice, souvent créative.
Un exemple marquant : Une vieille dame déboussolée de l’Israélienne Ayelet Gundar-Goshen (Actes Sud, 2017), qui montre une héroïne luttant contre les préjugés et les assignations liées à l’âge. On touche là à la question des mythologies sociales qui entoure la vieillesse.